De la Sûreté du Classique : « Femme involontairement provocante », par Jeanloup Sieff (Paris, 1978)

« Alors que le mot amour est masculin au singulier et devient féminin au pluriel, le mot mode, qui reste au féminin, est le plus souvent utilisé au singulier – peut être parce qu’il recouvre une activité singulière. Mais le pluriel serait plus approprié à la multiplicité de ses tendances et expressions. Quant à ceux qui font les modes, par une inexorable mais révélatrice dérive sémantique, ils sont passés du statut de couturiers à celui de stylistes, pour aboutir au fin du fin contemporain de créateurs ! Dans cet imbroglio de vocables, seul le photographe de mode n’a pas bougé. Il continue, bon an mal an, à dispenser son énergie et sa fougue à l’industrie éphémère qui l’emploie – même si certains d’entre eux se prévalent du titre d’artistes plasticiens ou de sociologues du plissé, pour se différencier de la plèbe anonyme des imagiers de catalogues. Je ne sais pas si je suis né trop tard dans un monde trop vieux, ou trop tôt dans un univers en formation, mais il m’arrive de plus en plus souvent de me sentir très vieux devant certaines images dont je ne perçois ni la finalité ni l’intérêt, sinon le désir éperdu de marquer leur différence – ce qui, avouons-le, n’a jamais constitué une fin en soi ! Entre photo de mode et photo à la mode, il n’y a qu’une substitution de préposition; pourtant, c’est tout un univers qui les sépare. »
Par Jean-Loup Sieff (1933-2000) ; Extrait de « Fashion Images Images de Mode n°2 », éditions Steidl, 1997
« Whereas the word love is male in the singular and becomes feminine in the plural, the word fashion, which stays in the feminine, is mostly used in the singular. But the plural would be more suited to the multiplicity of its trends and expressions. As for those who make fashion, by an inexorable but revealing semantic drift, they passed from dressmakers ‘ status to that of designers, to lead at the end of creators’ contemporary finest one ! In this imbroglio of terms, only the fashion photographer did not move. He continues, through good and bad times, to dispense its ardour and energy in the fleeting industry which employs him/her – even if some of them take advantage of visual artists or pleated sociologists’ self-proclaimed title, to differ themselves from the anonymous plebs of catalogs print-sellers (…) It happens more often that I feel very old in front of some images which I perceive neither the purpose nor the interest, if not the desperate desire to make the difference (…) Between photo de mode and photo à la mode, there is only a replacement of proposition; nevertheless, it’s all one universe which separates them ».
By Jean-Loup Sieff (1933-2000); Extract from « Fashion Images de Mode n°2 », édition Steidl, 1997
 
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